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La maison sur la colline

Elle est là au bout de l'impasse
Entourée de ses vieux copains
Qui depuis si longtemps l'enlacent
Et la caressent au vent marin

Elle est là au milieu des pins
Qui se rappellent en un soupir
Ses premières couches en papier peint
Son doudou le fauteuil en cuir

Son tout premier chapeau de tuiles
Son premier sac en boîte aux lettres
Son blush à la peinture à l'huile
Quand elle a eu l'âge d'en mettre

Voilà 10 ans qu'on l'a quittée
Qu'on lui a refermé sa porte
Voilà 10 ans qu'à son entrée
N'arrivent que des feuilles mortes

Voilà 10 ans qu'elle doit attendre
Qu'on retire enfin ce panneau
Où on l'a surnommée " à vendre
Au 402.12.20.0 "

Elle s'est ridée jusqu'au plafond
Le poids du chagrin l'a courbée
Elle s'est cassée les fondations
Et tout son teint s'est écaillé

Pourtant c'était la plus jolie
De toutes celles avec étage
Son crépi mettait le tournis
A plus d'un box ou d'un garage


Pourtant c'était la plus coquette
Quand depuis son ocre façade
A grands battements de fenêtre
Elle distribuait ses œillades

Voilà 10 ans qu'on l'a quittée
Qu'on lui a refermé sa porte
Voilà 10 ans qu'à son entrée
N'arrivent que des feuilles mortes

Voilà 10 ans qu'elle doit attendre
Qu'on retire enfin ce panneau
Où on l'a surnommée " à vendre
Au 402.12.20.0 "

C'est sûr qu'elle a dû avoir mal
Quand son ventre est devenu vide
Quand tout son corps s'est fait la malle
La laissant creusée et livide

C'est sûr qu'elle a au fond des murs
Toute sa foi qui se lézarde
Quand elle pense à ce futur
Qui va lui pendre à la mansarde

Pourtant elle continue d'y croire
Malgré les feuilles qui s'entassent
Et c'est du matin jusqu'au soir
Qu'elle nous a guetté dans l'impasse

Voilà 10 ans qu'on l'a quittée
Qu'on lui a refermé sa porte
Voilà 10 ans qu'à son entrée
N'arrivent que des feuilles mortes

Voilà 10 ans qu'elle doit attendre
Qu'on retire enfin ce panneau
Où on l'a surnommée " à vendre
Au 402.12.20.0 "

Elle est maintenant devant moi
Cette oubliée de la colline
Celle qui m'accueillait autrefois
A la chaleur de sa poitrine

Il y a toujours au fond d'elle
Tous mes souvenirs bien gardés
Qu'elle a protégés sous une aile
Pour ne jamais les égarer

Mais depuis peu je la sens forte
Elle a bien repris des cloisons
Car mes enfants jouent à sa porte
Et je lui ai changé son nom.


Extrait en écoute :


Paroles : Hervé Domingue
Musique : Jean-Christophe Déjean & Hervé Domingue
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